L’Orage Sec

Le soleil crève enfin, mais la chaleur reste, une chape de plomb qui te colle à la peau comme un vieux t-shirt. Ça pue la terre brûlée et l’électricité. Sur cette butte paumée, y’a personne pour faire chier. Juste les grillons qui gueulent et l’air qui tremble.

Noor et Edan sont là, vautré·es dans la paille sèche qui gratte les mollets et le dos. Pas de nappe à carreaux, juste le sol dur et les cailloux qui rentrent dans la viande.

Noor, peau noire qui boit le reste de lumière, dégouline déjà. Edan, le teint cuivre, a les cheveux collés au front par la sueur. Iels se regardent pas avec des yeux de merlan frit. Iels ont faim. Une dalle de loup.

Edan chope la nuque de Noor. Ses doigts s’accrochent aux tresses, tirent en arrière pour exposer la gorge. Noor grogne et s’écrase sur Edan. C’est pas un baiser, c’est une morsure. Les dents cognent, les langues forcent le passage. Ça bave direct. Un filet de salive épaisse coule sur le menton d’Edan, se mélange à la crasse et à la poussière. Iels s’aspirent la gueule comme si iels voulaient se bouffer les amygdales.

Noor arrache le bout de tissu qui couvre le cul d’Edan. Le truc vole dans les ronces. Rien à foutre. — Ouvre, ordonne Noor. Voix rauque, cassée par l’envie.

Edan écarte les cuisses. Le vent chaud, ce putain de sirocco, vient lécher son sexe trempé. Ça fait un contraste violent, presque douloureux, entre l’air brûlant et l’humidité de son corps qui coule déjà sur ses fesses. Edan a le sexe gonflé, rouge, offert à la poussière et aux mouches.

Noor plonge. Iel enfouit sa tête entre les jambes d’Edan sans demander la permission. Sa langue est une râpe, large et impitoyable. Iel lèche lui l’organe avec une voracité dégueulasse. On entend le slurp mouillé, le bruit de succion obscène qui couvre le vent. Edan cambre le bassin, se frotte contre le visage de Noor comme un chien en chaleur. Ses mains arrachent l’herbe jaune, la terre s’incruste sous ses ongles.

Edan a la tête qui tourne, les yeux révulsés vers ce ciel violet moche. Iel sent la bave de Noor dégouliner le long de ses cuisses, se mêler à ses propres jus. C’est poisseux, ça glisse, c’est le meilleur truc du monde.

Rentre, supplie Edan.

Noor se redresse. Son visage est un masque de fluides. Morve, sueur, jus. Iel se positionne au-dessus. Iel frotte contre Edan. Viande contre viande. Ça claque. Ça fait un bruit de flaque d’eau. La friction est brute, sans huile, juste avec la sueur et la salive.

Le vent se lève, une rafale chaude qui fouette leurs culs nus. Ça colle les cheveux dans les yeux, ça plaque la poussière sur la peau moite.

Prends ça, crache Noor.

Iel s’enfonce d’un coup. Edan hurle, un cri brut qui meurt dans sa gorge. La pénétration est une invasion. Ça écarte les chairs, ça force le passage. Iels baisent comme des bêtes, sans rythme, juste des à-coups violents pour se vider. Ça fait mal, ça fait du bien, surtout du bien.

C’est mécanique. C’est de la plomberie haute pression. De la bave vole à chaque mouvement. Edan a de la terre dans les cheveux, des brins d’herbe collés sur les lèvres.

Quand l’orgasme arrive, c’est pas une petite mort, c’est un crash. Edan se raidit, convulse, comme si Noor tentait de l’étouffer. Noor lâche tout, grogne comme un animal qu’on égorge, et se vide, des jets chauds de son plaisir qui se mélangent à tout le reste.

Iels s’effondrent l’un·e sur l’autre, tas de chair suintante. Ça pue le sexe, la sueur aigre et la terre remuée. Iels sont dégueulasses, épuisé·es, le cœur qui tape contre les côtes comme pour sortir de la cage. Juste deux corps qui viennent de se peler l’âme à vif.